Le sélectionneur

Un an après être sorti des terrains, Platini découvre le banc de touche avec la casquette enviée d'entraîneur-sélectionneur du 11 de France. La prise de pouvoir manque d'élégance. Claude Bez, le président moustachu et dictatorial des Girondins de Bordeaux, est l'âme du complot. L'expert-comptable monte un putsch pour débarquer Henri Michel sous la tutelle dequel Platini avait accompli son Mondial 1986. L'ensemble des décideurs du foot français s'arrangent pour introniser Platini, qui se laisse facilement forcer la main. Les débuts ne sont guère encourageants. La France rate la qualification pour le Mondial 1990 en Italie. Mais, arrivé sur le tard, Platini n'en porte pas la responsabilité. Il peut continuer à construire. Malgré son peu d'expérience de la fonction, il impose l'autorité de ceux qui ont déjà vécu ça, de ceux qui savent, de ceux à qui on ne la fait pas. Debout, en bord de touche, dans son imperméable blanc, il transmet son expérience à grands moulinets de bras. Unanimes, les joueurs respectent sa connaissance du jeu. Bizarrement, il va élaborer une équipe qui lui ressemble peu. En attaque, il associe 2 personnages antinomiques, Jean-Pierre Papin, le canonnier marseillais docile et sans soucis, et Eric Cantona, le révolté tourmenté et silencieux dont il facilite l'installation en Angleterre. Derrière cette force de frappe, il bâtit une équipe de travailleurs, de laborieux où s'échinent des costauds comme Didier Deschamps ou Franck Sauzée. Et on s'étonne de ne voir émerger aucun numéro 10. Explication de Platini: cette génération manque de talents et n'en a pas produit. Lors du championnat d'Europe 1992 en Suède, Platini et les siens débarquent auréoles de succès. Mais, de matchs nuls en prestations sans génie, la France chute dès le 1er tour. Grand seigneur, Platini démissionne sans atteindre.

Créer un site gratuit avec e-monsite - Signaler un contenu illicite sur ce site